

Le silence n'est jamais vide.
Il est plein de ce qu'on n'écoute pas encore.
Ici, je parle de reconnexion à soi, de l'invisible,
ce qu'il nous raconte, ce qui reste quand on laisse quelque chose derrière soi :
une personne, un travail, une version de nous-mêmes qu'on ne reconnaît plus.
Ce qu'on ressent sans toujours pouvoir l'expliquer.
Et toi, qu'est-ce que tu n'entends plus, à force d'avoir appris à ne rien attendre du silence ?
Le silence est un mur invisible.
Belkacem Macloux
Je parle beaucoup de signes, d'écriture automatique, de ce qui nous traverse sans qu'on puisse l'expliquer.
Un oiseau qui frappe au carreau au bon moment.
Un mot qui sort de ma main, de ma bouche, sans que je l'aie vraiment pensé.
Un parfum, une odeur, une sensation qui n'a aucune raison d'être là, et qui pourtant est là.
De nos défunts, des êtres de lumière, de ce qui se passe entre les mondes, ce terrain qui me passionne, celui où j'avance depuis quelques années, celui que je reconnais, et que j’aime transmettre.
Mais l'invisible n'est pas seulement lié à ça.
Et aujourd'hui, j'ai envie de parler d'un autre “invisible”.
Tu vis des choses que personne ne voit, chaque jour, chaque heure, chaque seconde.
Pas des signes, pas des guides, pas un message de l'au-delà.
Juste toi, en train de tenir, pendant que tout le monde pense que ça va.
C'est l'invisible de ton quotidien.
Celui qui pèse lourd, en silence, tous les jours.
Celui qui est là, en voiture, entre deux rendez-vous, quand personne ne te regarde.
Celui que tu portes, en souriant à la caissière, en répondant au téléphone, en disant bonne nuit aux enfants.
Sentir la colère monter sans raison apparente, et la ravaler parce que ce n'est "pas le moment".
Sentir la culpabilité d’avoir explosé et sorti des mots qui ont débordé.
Sentir la tristesse arriver sans prévenir, au milieu d'une banalité, et la repousser parce qu'il faut continuer.
Te sentir perdue, sans savoir depuis quand, ni pourquoi, ni par où commencer pour aller mieux.
Ne plus avoir envie de rien de particulier, juste ne plus avoir envie, et devoir quand même avancer.
Être fatiguée quand pourtant tu as réussi à dormir.
Toutes ces émotions, cet état intérieur qui ne se voit pas parce que tu as appris à ne rien montrer.
Mais c’est bien là, et parfois même depuis un bon moment.
Ce qui rend cet invisible-là encore plus lourd, c'est qu'on n'est jamais seul à le porter.
La personne en face de toi, celle qui ne voit pas ce que tu traverses, elle aussi est en train de vivre quelque chose.
Ta collègue qui rit à la pause-café porte peut-être une nuit blanche qu'elle n'a confiée à personne.
Ta voisine qui te fait un signe de la main en sortant les poubelles vient peut-être de pleurer dans sa cuisine il y a dix minutes.
Tout le monde joue la scène du "ça va" en même temps, au même moment, dans la même file à la boulangerie, dans la même salle d'attente, au même feu rouge.
Et je trouve cela tellement triste.
Cette solitude qu'on s'impose dans les souffrances humaines que nous traversons tous.
Penser qu'on est seule, se perdre dans cette solitude-là.
Penser que les autres vont bien, sans savoir ce qui reste invisible à nos yeux à nous aussi.
Se faire des idées, et s'imposer de faire semblant d'être comme eux, alors que finalement on l'est sûrement déjà.
Ce qu'on tait ne disparaît pas pour autant.
Quand on ne peut pas, ou qu'on n'ose pas dire ce qui se passe à l'intérieur, le corps prend souvent le relais.
Il n'a pas le choix, ce qui ne sort pas par les mots finit par se montrer autrement.
Les douleurs qu'on n'arrive pas à nommer, qui se déplacent d'un endroit à l'autre sans qu'on comprenne pourquoi.
Le mal de ventre qui revient sans raison digestive.
Cette boule à l'estomac qui s'installe dès le matin au réveil.
La gorge serrée, celle qui empêche les mots de sortir, comme si le corps décidait à ta place que ce n'était "pas le moment" non plus.
La fatigue qui ne part jamais vraiment, même après une nuit complète, même après des vacances.
Les tensions dans les épaules, la mâchoire serrée la nuit, ce poids sur la poitrine qu'on n'arrive pas à expliquer à un médecin, qui finit par te dire "c'est le stress" parce que lui non plus ne sait pas quoi en faire d'autre.
Le corps ne ment pas.
Il exprime, à sa façon, ce que la bouche n'a pas réussi à dire.
Et parfois, bien plus tard, une maladie s'installe, et on se demande, avec le recul, depuis combien de temps le corps essayait de nous parler, de nous dire que ça n’allait pas.
Ce silence-là, je le reçois au cabinet.
Combien de mes clientes ont souffert d'avoir trop fait semblant ?
J'ai presque envie de dire : TOUTES !
Et je n’oublie pas de m'inclure au passage.
Quand elles arrivent, en général, elles savent déjà que c'est trop lourd à porter, avec ce fameux “je veux aller mieux”. Mais elles ne parviennent pas forcément à mettre des mots dessus.
Je remarque qu’il y a un manque de communication.
Personne à qui en parler, ou plutôt, "je ne vais pas les embêter avec ça".
Au sein des couples, ce manque de vulnérabilité (parce que soyons clairs, c'est bien de ça qu'il s'agit) se transforme en rapport de force, et en accusations.
On ne se dit plus ce qu'on ressent, alors on se reproche ce que l'autre fait.
Ce qui se passe en séance, c'est qu'on ne me la fait pas : je ressens ces silences, parfois comme des sensations physiques, parfois juste comme une certitude.
Alors je pose des questions, parce que je sais qu'il y a autre chose à dire.
Et c'est souvent là que ça lâche.
"J'ai pu vider mon sac", comme elles le disent après coup.
Le soulagement, d'abord, puis on travaille sur la libération.
Mais avant ce soulagement-là, il y a eu des années à se taire.
Et ça, ça ne tombe pas du ciel...
Faire semblant, c'est un apprentissage, souvent commencé bien avant qu'on ait l'âge de comprendre ce qu'on faisait.
Une enfance où montrer qu'on allait mal dérangeait, inquiétait, ou faisait peser une charge sur des adultes déjà débordés.
Un "arrête de pleurer pour rien" entendu trop souvent.
Un "les autres ont des problèmes plus graves que toi" qui t'a appris à minimiser avant même de ressentir.
Un "sois forte" dit avec amour, mais qui s'est transformé, avec le temps, en "ne montre jamais que tu ne l'es pas".
Et ça ne s'arrête pas avec l'enfance.
Une relation toxique où exprimer ce qu'on ressent devient dangereux, moqué, ou retourné contre nous.
Un travail où montrer une fragilité, c'est prendre le risque d'être vue comme faible, ou remplaçable.
Un "tu vas t'en remettre" lancé après une rupture qui t'a brisée.
Un "un de perdu, dix de retrouvés" qui balaie en une phrase ce que tu viens de perdre.
Les autres, à chaque étape de notre vie, continuent de nous conditionner à nous taire.
Alors on a rangé ça à l'intérieur, et on a continué de sourire.
Pas parce qu'on nous a menti, pas parce qu'on nous voulait du mal. Je dirais même que, souvent, c'était pour nous protéger, ou pour se protéger eux-même.
Mais un réflexe appris pour survivre à un moment précis finit par devenir une habitude qu'on ne remet jamais en question.
On ne se demande même plus pourquoi on fait semblant.
On le fait, c'est tout, comme on respire.
Ce réflexe, on continue de le traîner partout, au travail, dans son couple, avec ses propres enfants parfois.
Et à force de le traîner partout, reste une question primordiale à se poser.
Je n'ai pas de réponse toute faite à te donner ici, et je ne vais pas prétendre en avoir une.
Chaque histoire, chaque silence, chaque "ça va" qui ne veut pas dire ça va, a sa propre origine, et mériterait plus qu'une liste de conseils génériques.
La mienne, par exemple : moi non plus je ne montre pas tout ce qui me traverse, et ça me fait du mal, évidemment. J'ai quelques amies à qui je me confie, dont une thérapeute qui m'écoute. Et ça m'aide. Mais il m'arrive aussi de ne pas vouloir en parler.
Résultat : isolement, mal-être, et un corps qui en garde la trace.
Et je sais aussi à quand remonte tout ça, je sais les mots que j’ai gardé en secret au fond de moi. Je m’en libère étape par étape, parce que j’accueille à chaque fois mes prises de conscience.
Alors je crois que ce que tu peux commencer à faire, si tu veux essayer c’est : l’exprimer.
À quelqu'un, même une fois pour essayer, même mal formulé, même en bégayant, même si ça sort de travers, tout ça on s’en fout.
Je ne te dirai pas que ça va disparaitre comme par magie, mais juste que le dire, ne sera plus invisible pour eux, mais surtout pour toi aussi.
Le jour où on arrête d'être la seule à voir sa propre souffrance, elle commence déjà à peser moins lourd.
Si tu as besoin d'un endroit pour poser ça, pour la première fois ou pas, je suis là.

Je suis Jennifer, coach et thérapeute connectée à l'invisible.
Ensemble, explorons ce qui ne se prouve pas mais qui se vit,
ce que le corps sait avant la tête,
ce qui reste quand une explication manque,
ce qui nous traverse sans qu'on sache d'où ça vient.